Vous avez un bon travail ? Et l'impression de passer à côté de votre vie ?
Cinq livres pour celui ou celle qui a un bon travail, une vie correcte sur le papier, et l'impression tenace de passer à côté de quelque chose. Par lequel commencer.
Vous n'avez pas vraiment de raison de vous plaindre. Et c'est justement le problème.
Votre travail est correct. Le salaire tombe. Vous avez un appartement, des habitudes, des collègues avec qui vous vous entendez plutôt bien. Vos proches vous trouvent chanceux. Vu de l'extérieur, tout va bien.
Et pourtant, le dimanche soir, une question revient.
Pas une crise.
Pas une révolte.
Même pas vraiment une plainte.
Simplement une question, discrète mais tenace :
« Est-ce vraiment cela que je voulais faire de ma vie ? »
Vous la repoussez. Vous vous dites que vous avez de la chance, que beaucoup aimeraient être à votre place, que ce n'est pas le bon moment, que vous réfléchirez plus tard. Puis le lundi arrive. Et le dimanche suivant aussi.
Ce que vous ressentez n'est pas de l'ingratitude. C'est l'écart entre une vie qui fonctionne et une vie qui vous ressemble. Les deux ne sont pas toujours la même chose, et personne ne nous apprend réellement à faire la différence.
Les cinq livres qui suivent ne vous diront pas quoi faire de votre vie — aucun livre ne le peut. Ils font quelque chose de plus utile : ils vous donnent des outils pour poser la question correctement.
Et une question correctement posée constitue déjà la moitié du chemin.
1. Commencez par le plus concret

Trouver son Ikigaï — Christie VANBREMEERSH
Si vous ne savez pas par où commencer, commencez ici. C'est le plus concret des cinq, et surtout celui qui vous met immédiatement au travail.
L'ikigaï repose sur le croisement de quatre dimensions : ce que vous aimez, ce que vous savez faire, ce dont le monde a besoin, et ce qui peut vous permettre d'en vivre.
Quatre questions. Quatre cercles. Et, quelque part à leur intersection, une direction possible.
L'intérêt de l'approche est moins dans le concept lui-même que dans ce qu'il vous oblige à faire : séparer une grande question confuse en plusieurs questions auxquelles vous pouvez réellement répondre.
Qu'est-ce que j'aime ?
Dans quoi suis-je réellement bon ?
À quoi puis-je être utile ?
Et comment pourrais-je en faire quelque chose de viable ?
Le livre propose des exercices. Vous écrivez, vous listez, vous comparez, vous éliminez. Ce n'est pas magique. Et vous découvrirez sans doute que trois cercles se recoupent assez facilement tandis qu'un quatrième bloque complètement. Parfois c'est l'argent, parfois l'utilité, parfois simplement que l'on ne sait plus très bien ce que l'on aime.
Mais identifier le cercle qui bloque est déjà une avancée. Car on ne peut pas résoudre un problème que l'on continue à appeler simplement « je ne suis pas heureux dans mon travail ».
2. Puis regardez ce qui vous empêche d'avancer

Les Vertus de l'échec — Charles Pépin
Vous avez sans doute déjà une idée de ce que vous aimeriez faire. Alors pourquoi n'avez-vous pas encore bougé ? La réponse est souvent moins compliquée qu'on ne le pense :
vous avez peur de vous tromper.
Changer de métier, reprendre des études, créer une entreprise, partir ailleurs ou simplement abandonner une situation confortable suppose une chose que notre parcours nous a rarement appris à accepter : le nouveau chemin peut ne pas fonctionner.
À l'école, l'erreur se traduit par une mauvaise note. Dans l'entreprise, elle peut devenir un échec professionnel. Nous apprenons donc progressivement à l'éviter. Et, à force de vouloir éviter l'erreur, nous finissons par préférer une vie qui ne nous convient qu'à moitié à une tentative qui pourrait réellement changer les choses.
Charles Pépin prend le problème à l'envers. Il ne prétend pas que l'échec est agréable ; il montre qu'il peut être utile, parce qu'il nous oblige à apprendre, à nous adapter et parfois à découvrir des choses sur nous-mêmes que la réussite ne nous aurait jamais révélées.
Les parcours les plus solides ne sont d'ailleurs pas toujours les plus linéaires. Ils sont souvent constitués de détours, de tentatives, d'erreurs et de recommencements.
Le livre ne vous promet donc pas que vous réussirez. Il vous aide à accepter une possibilité beaucoup plus importante : vous pourriez échouer et continuer malgré tout.
À partir de là, la question change. Elle n'est plus « Et si je me trompe ? » mais « Qu'est-ce que j'apprendrai si je me trompe ? »
3. Ensuite, laissez-vous raconter une histoire

L'Alchimiste — Paulo Coelho
Après deux livres qui vous demandent de réfléchir, celui-ci vous propose autre chose : une histoire.
Un jeune berger andalou décide de quitter ses habitudes pour partir à la recherche d'un trésor. Il traverse des pays, rencontre des inconnus, perd de l'argent, tombe amoureux, doute, se trompe et continue.
C'est un conte, avec la simplicité mais aussi parfois la naïveté que cela implique. Certains lecteurs trouveront le message trop évident, et la critique est recevable. Mais il y a une raison pour laquelle ce livre a touché autant de lecteurs à travers le monde : certaines choses se comprennent mieux lorsqu'elles sont racontées que lorsqu'elles sont expliquées.
Le voyage du personnage rappelle notamment que nous cherchons parfois très loin ce qui mérite d'être découvert beaucoup plus près de nous. Et surtout que la destination n'est pas la seule chose qui compte : le chemin nous transforme aussi.
À lire donc un soir où vous n'avez pas envie d'analyser votre vie pendant trois heures, mais où vous avez besoin qu'une histoire vous rappelle qu'un chemin ne commence jamais par la certitude de savoir où il mènera.
4. Puis posez-vous la question que vous évitez

Les 5 Grands Rêves de vie — John Strelecky
Strelecky part d'une idée presque enfantine : si vous pouviez réaliser seulement cinq grandes choses dans votre vie, quelles seraient-elles ?
Cinq. Pas cinquante. Pas une liste interminable de projets à accomplir avant quarante ans. Cinq.
L'exercice paraît simple. Il ne l'est pas.
Essayez maintenant. Prenez une feuille et écrivez vos cinq grands rêves. Vous trouverez le premier assez facilement, peut-être même le deuxième. Puis cela devient plus difficile.
Et c'est précisément là que le livre commence à devenir intéressant. Parce que nous passons énormément de temps à organiser nos semaines, nos carrières, nos finances et nos obligations sans prendre réellement le temps de décider ce que nous voulons que tout cela rende possible.
Une fois vos cinq rêves écrits, faites quelque chose d'encore plus intéressant : regardez votre agenda de la semaine dernière. Puis comparez.
Combien d'heures avez-vous consacrées à ce qui compte réellement pour vous ?
La réponse peut être inconfortable, mais elle est utile. Car votre emploi du temps est souvent une meilleure représentation de vos priorités que les réponses que vous donnez lorsque quelqu'un vous demande ce qui compte dans votre vie.
5. Enfin, celui qui remet tout en perspective

Les 5 Regrets des personnes en fin de vie — Bronnie Ware
Le dernier livre est différent. Il ne parle ni de méthode, ni d'ikigaï, ni de réussite professionnelle. Il parle du temps.
Bronnie Ware a travaillé dans les soins palliatifs et accompagné des personnes au cours de leurs dernières semaines de vie. Elle a écouté leurs histoires, leurs peurs et surtout leurs regrets. Certains revenaient régulièrement.
Le premier touche directement à la question de cet article : avoir vécu la vie que les autres attendaient de soi plutôt que celle que l'on voulait réellement vivre.
Ce n'est pas un livre confortable, et il n'a aucune raison de l'être. Mais il possède une qualité que les quatre précédents n'ont pas : il remet brutalement la question du temps au centre.
Nous avons tendance à penser que nous aurons toujours le temps.
Le temps de changer.
Le temps d'essayer.
Le temps de voyager.
Le temps de dire ce que nous pensons.
Le temps de commencer ce projet.
Le temps de devenir quelqu'un d'autre. Puis les années passent.
Ce livre ne vous dit pas de tout quitter demain matin. Il ne vous dit pas non plus que votre travail est le problème. Il vous pose simplement une question difficile :
« Si je continue exactement comme aujourd'hui, est-ce que cette vie me conviendra encore dans dix, vingt ou trente ans ? »
Gardez-le pour le jour où vous tournez en rond.
Si vous ne devez en lire qu'un
Commencez par Trouver son Ikigaï. Parce que c'est celui qui vous permet de passer de la question à l'action le plus rapidement.
Vous n'avez pas besoin d'une révélation. Vous n'avez pas besoin de démissionner demain matin. Vous n'avez même pas besoin de savoir exactement ce que vous voulez faire à la place. Vous devez d'abord comprendre ce qui ne fonctionne plus.
Est-ce que vous ne savez plus ce que vous aimez ?
Est-ce que vous savez ce que vous aimez, mais ne savez pas quoi en faire ?
Est-ce que vous savez quoi faire, mais n'osez pas ?
Est-ce que vous osez, mais ne voyez pas comment en vivre ?
Ce sont quatre problèmes différents, et chacun appelle une réponse différente. Tant qu'ils restent mélangés dans une seule sensation — cette impression vague de « passer à côté de sa vie » — il est presque impossible d'agir.
Alors commencez simplement.
Une feuille. Quatre cercles. Une heure.
C'est peu pour une question qui vous accompagne depuis des mois.
Et si, dans quelques mois, votre vie ressemble davantage à celle que vous aviez en tête, ce ne sera pas grâce à un livre. Ce sera parce qu'un jour, vous aurez enfin cessé de repousser la question.